Traversée alpine

Voyage alpin réalisé par Fred Griot, créateur de Caps, en avril-mai 2002.

Mont Blanc > Mont Aiguille :
• 32 jours
• Cumul dénivelé : 14 194 m positif, 25 020 m négatif (dont descentes en ski).
• env. 300 km
• Ski, alpinisme, grimpe, rando
• Une dizaine de massifs, une vingtaine de cols et sommets
• Massif du Mont-Blanc > Beaufortain > Vanoise > Maurienne > Tarentaise > Grandes Rousses > Ecrins > Haut-Val de Durance > Dévoluy > Trièves > Vercors…

 

traversée suivie par ski-rando.com

 


Le projet…

on verra ensuite en fonction des conditions… :

Départ : 8 avril 2002

Chamonix Ski Grands Montets >Col du chardonnet 3323 > Fenêtre et Glacier du Tour 3414
Flaine Ski Hors-piste, peau, etc…
Arêches Ski Grand Mont 2686
Arêches > Aime Ski Traversée lac St-Guérin > cormet d’Arêches 2109 m > Aime
Vanoise Ski-alpinisme Mt Pourri (3779 m) par grand col
Tarentaise > Maurienne Ski

Marche

Traversée Val Thorens 2325 > cime de Caron 3198 > Orelle 500 > St Jean-de-Maurienne > St Sorlin d’Arves 1510 > Col de la Croix de Fer 2064 > col du Glandon 1920
Grandes Rousses Ski Pic de l’Etendard 3464 m
Oisans-Ecrins Ski

Alpinisme

– Boucle: Grave > glacier et col de la Lauze 3512 m > vallon de la Selle > St Christophe 1418 m > Venosc > 2 Alpes > traversée Glacier de mont-de-Lans > glacier de la Lauze 3500 m > Vallons Meije > Grave
– Brêche, arête sud et Pic est du Râteau 3809 m
Ecrins Ski – Descente col du Lautaret 2057 m > Serre Che (par col Lautaret ou col d’Arsine)
– traversée Monetier > Eychauda > Vallouise (ou Couloirs à Serre Che)
Durance Marche – traversée GR 50 (tour des Ecrins, rive droite de la Durance) : J1 : Briançon > Les Vigneaux – J2 : Les Vigneaux > Fressinières ou le Pouit – J3 : le Pouit > Embrun. Env. 40 km
– (traversée GR 50 : J4 : Embrun > Réallon – J5 : Réallon > Ancelle – J6 : Ancelle > St Bonnet en Champsaur > le Noyer. Env. 40 km)
Dévoluy Marche
Via Ferrata
– Obiou 2790 m
– Via ferrata des Etroits et du barrage du Sautet/gorges du Drac
Trièves > Vercors Escalade Mt Aiguille 2087 m
1 mois
.
Env. 300 km
Une quinzaine de cols et sommets.
10 000 m de dénivellé positif environ.

Retour prévu : vers le 8 ou 10 mai


 

Le journal, au jour le jour :


Mars :
Préparations. Je répare les sacs, les vieux gore-tex, les trous aux fesses. Achat du petit matos manquant.
L’itinéraire est prêt depuis plusieurs mois. Plaisir comparable à celui d’ouvrir une voie. De trouver un tracé élégant. Par « il est prêt », j’entends l’itinéraire « faisable », car ensuite il y a 90% d’inconnu, d’aléatoire. Comme l’on dit parfois en météo « prévisible mais non prédictible ». Tracé, rencontres, hasards, sale temps, flips, joies, bivouacs prévisibles mais non prédictibles…
Coups de fils aux potes qui m’accompagneront le long de la traversée, feront suivre le matériel ou m’aideront sur la logistique (que je veux légère).
Echanges chouettes avec les gars qui s’occupent de ski-rando.com, qui suivront le voyage et me croiseront là-haut.
Découverte d’autres gars qui sont en pleine traversée pyrénéenne.
C’est l’enthousiasme certains jours… la grosse envie qui m’a fait dire « je me barre » est là, et je trouve le projet un peu court. Envie de se griser au plus vite de la marche. Et puis d’autres jours où le temps est pourri, où une petite flotte tombe froide, et l’on se met à réfléchir : ne serais-je pas trop gourmand ?
Mais comme disait, je ne sais plus qui d’ailleurs, le plus étonnant dans des histoires comme ça, ce ne sont pas les obstacles rencontrés et surmontés mais l’envie qui a présidée au projet, qui a amenée à partir…
Envie aussi par une réalisation de poursuivre la réalisation de soi, de poursuivre une histoire personnelle (le lieux, les sommets ont leur charge affective). De s’inscrire aussi peut-être dans une histoire plus large, dans celle de cette « grande cordée » qui lie certains, à l’étroit dans les cadres conventionnels, poussés à chercher leur propre espace. La démarche étant pour eux plus importante que le sommet (dixit Lionel Daudet).
N’importe quel sommet.

Fin Mars :

Départ dans quelques jours. Qu’est-ce que ce sera les jours de mauvais temps, d’attente ?
J’ai peut-être bien la bibliothèque idéale pour ce voyage. De tout petits livres : la Prose du Transsibérien et Pâques à New-York de Cendrars, un petit Beckett, un volume de poésies d’indiens d’Amérique du Nord : Partition Rouge…
Matos réparé et fignolé.

8 Avril : Départ pour un mois de traversée.

Je rejoins Flaine pour retrouver Greg, un ami pisteur, pour quelques jours « d’échauffement » et d’acclimatation : Vallée Blanche, Envers du Plan, glacier du Tour, glacier du Toule, Pas de Chèvre… à voir.
Et vendredi, j’attaque la trace : Contamines > Beaufortain (où mon père fera le transport de matos et le guet météo + conditions de neige).
Puis Arêches > Aime par les Cormets, seul, pour rejoindre la Vanoise et un autre ami, Pat…
La grande cordée commence à s’installer.Le train peu à peu va m’emmener là-haut. Normalement c’est dans un mois que j’en redscendrais. Ce peut être à la fois long et court, mais je sais que le temps est autre là-bas et n’a pas le même sens.
Une petite dizaine d’amis vont se relayer pour m’accompagner et effectuer les transports de matériel.
C’est aussi cela que je cherche, cet esprit qui, de massif en massif, de potes en potes, crée une grande cordée qui s’organise pour répondre à un désir simple. Chouette aussi de les voir si enthousiastes pour participer à cette histoire, cette traversée, ce voyage. Disponibles, prêts à prendre du temps…Effectivement c’est aussi reprendre des traces… celles des « tout forts » en montagne que j’ai admirés… de ces montagnes que j’ai parcourues souvent et de celles que je désire… et de ces coins et sentiers où j’ai fais mes premiers pas et où est né un goût.
Ca devrait peut-être dit à la fin, « après », mais j’ai déjà envie de dire merci à ceux qui, de près, de loin, ou venant même de très loin pour certains(de République Tchèque), vont m’accompagner sur le terrain, garder mes puces ou me suivre à distance…9 Avril : Chamonix
Aujourd’hui, mise en jambe dans le massif du Mont-Blanc.
Météo pas très bonne, mais coup de bol, le plafond est aux environs de 2500 et au dessus grand beau, au milieu d’une semaine qui s’annonce pas gâtée question beau temps.
Donc, montées en benne aux Grands Montets (3295 m), descente et traversée du glacier d’Argentière (2550 m), remontée au col du Chardonnet (3323 m), redescente par un petit rappel sur le glacier de Saleine, remontée à la Fenêtre du Tour (3414 m) et grande redscente par le glacier du Tour.
Très chouette… Permet de se mettre un peu la caisse.
900 m de dénivelé positif, 2000 m de descente, 6h, neige lourde ou mouillée parfois même en altitude…

10 Avril : Flaine
Temps voilé, et les potes pisteurs occupés. Je continue donc la mise en jambe sur Flaine : un peu de peau jusqu’aux bords des falaises, puis 4-5h de ski (dont pente nord de la tête du Lindard).
Je me sens bien posé sur mes skis. Mental bon, même hier dans le pentes exposées et raides.
2500 m de dénivellé négatif.

11 Avril : Flaine
Mauvais temps annoncé, mais en fait grand beau (no comment)… Je participe à un exercice de chiens d’avalanche. 24 chiens excités par vague de 3. Des « victimes » dans des trous creusés dans la neige (le temps de faire un petit retour sur soi-même !). Le travail des chiens intéressant, un flair impressionnant et tellement contents d’avoir trouvé leur victime. La relation maître-chien essentielle.
Puis ski hors-piste, combes et pentes raides côté Gers, versant Samoëns. Première marmotte qui sort, immédiatement convoitée par un aigle. Elle n’est pourtant pas bien grasse. 2500 m de dénivellé négatif.
Je laisse tomber la liaison col du Joly peu intéressante, et liaison voiture vers Arêches dans le Beaufortain.

12 Avril : Beaufortain
Peau de phoque avec le paternel : Grand Mont (2686 m), point culminant du Beaufortain. Panorama superbe, je peux jumeller de là-haut les 8 prochains jours de traversée : Mt Pourri, Méribel, Val Thorens, Etendard… Gros plaisir à la descente + un petit couloir

Repérage depuis le haut de l’étape de demain. Je filme de temps en temps ces jours-ci.
700 m de dénivelé positif, 1000 m négatif, 2h30. Neige molle mais très facile à skier.

13 Avril : Traversée Beaufortain > Vanoise
Traversée lac St-Guérin (1576 m) > Cormet d’Arêches (2109 m) > Granier (1240 m). Moitié neige, moitié à pied, brouillard en haut.
550 m de dénivelé positif, 870 m négatif, 18 km, 6h.

14 Avril : Vanoise
Ski plus montée à la cabane du Grand Col (2935 m) au-dessus des Arcs 2000, pour faire le Mont Pourri (3779 m) demain. Manip de cordes et rappel sur les roches glacées au-dessus. Jour Blanc, gros brouillard -20° peut-être. -5° dans la petite cabane, mais très très chouette et on a de quoi se réchauffer !
200 m de dénivelé positif, 1500 négatif.

15 Avril : Tarentaise
Grand beau. Montée Col des Roches (3443 m) par Glacier du Grand Col. Pentes raides, un peu de neige fraiche et très froide qui n’adhère pas à la couche de dessous, et qui part un peu en coulées. Quelques plaques à vent. Très froid. Petite glissade qui finie très proche d’une crevasse… mais bon assurage (Patrick fait ses armes). Crampons pour les 100 derniers mêtres. Mont Pourri encore loin, sans regrets car les pentes du glacier du Geay sont trop raides avec cette poudreuse froide et instable.
Liaison voiture vers Méribel pour traversée vers l’Etendard, mais avant petite soirée et petit repos demain.
510 m de dénivelé positif, 1500 négatif.
Cumul dénivelé depuis le départ : 2860 m positif, 11870 m négatif (dont descentes en skis).

16 Avril : Tarentaise
Repos. 4-5h de ski quand même à Méribel mais on n’est pas en super forme. un peu trop des toxines hier soir.

17 Avril : Tarentaise > Maurienne
Traversée par les remontées méca : Méribel (1400 m) > Val Thorens, Cime de Caron (3195 m) > redescente sur Orelle (870 m). Puis stop jusqu’à St Sorlin d’Arves (1510 m) par St Jean-de-Maurienne. Farniente au soleil à St Sorlin. Les Aiguilles d’Arves en face, immaculées… Ça sent le sud déjà ici. Les gens souriants, plus ouvertes, plus causants que dans les grandes stations. Les oiseaux, l’herbe déjà haute, les premières clarines de vaches… Fenêtre ouverte j’écris.
1500 m négatif (ski), 5h30.

18 Avril : Grandes Rousses
Montée au refuge de l’Etendard (2430 m) pour attendre d’autres copains, dont Luc de ski-rando.com

19 Avril : Grandes Rousses
Montée au Pic de l’Etendard (3464 m), redescente jusqu’au col de la Croix de Fer (2064 m) par le ruisseau du grand lac dans les barres rocheuses. Liaison voiture vers Belledonne. Voir les photos.
1034 m positif, 1400 m négatif, 4h montée, 2h30 de descente, 22 km A/R, très bonne neige stable, grand beau.
Cumul dénivelé depuis le départ : 3900 m positif, 14770 m négatif (dont descentes en skis).

20 Avril : Belledonne
Repos + boulot à Belledonne. Redépart cet après-midi vers la Grave (1491 m), pour une semaine dans les Ecrins avec Thibault.
Je suis moins dans l’élan, il faut que je rebooste un peu la motivation.
Le temps se déforme, se dilate. Je ne sais plus très bien quel jour nous sommes.
Seul, on ne progresse pas de la même façon qu’à plusieurs. Bien sûr, on n’a pas à se préoccuper du rythme du compagnon, et l’on médite à loisirs en marchant, mais l’attention est encore plus présente et soutenue, sans cesse. En ski par exemple, ou même à pied, et avec un gros sac de sucroît, on ne se « lâche » pas : se faire un genou, seul, en altitude, peu avoir des conséquences importantes. Il faut beaucoup plus anticiper, prévoir. On en garde beaucoup plus « sous le pied » pour prévenir et avoir une marge de sécurité. Mais c’est là aussi qu’il y a souvent le plus d’intensité : seul, petit, silencieux, au milieu de nulle part.
Nuit à la Grave.

21 Avril : Ecrins
Thibault m’a rejoint. Ski aux vallons de la Meije, pour qu’il puisse s’échauffer un peu. Descente du couloir des Trifides. Un peu de glace dans la partie la plus raide du départ, ça a été un peu tendu pour Thibault mais beau début !
Bivouac à la Bérarde (1713 m). On a les infos concernant les élections, quelle tristesse. Espérons que ça redonnera à nombreux d’entre nous une conscience politique plus vigoureuse…
3000 m négatif

22 Avril : Ecrins
Farniente au grand soleil puis montée au refuge Temple Ecrins (2410 m), belle bavante avec les skis et le matos pour 2, 3 jours sur le dos, en face sud, sans neige jusqu’au refuge. 40 lacets dans les 500 derniers mètres !
Très très beaux sommets alentours. Glaciers encore ensoleillés. Poursuite du voyage. Il fait froid. Plein de chamois. En face : les Bans, grande face rocheuse de l’Ailfroide Orientale et Centrale, le Gioberney, les Rouies. Au dessus : le Fiffre, face sud des Ecrins très raide…
700 m positif, 3h. Skis sur le dos, c’est lourd !

23 Avril : Ecrins
Du refuge montée vers le Col des Avalanches (3400 m et des poussières). On s’arrête juste en dessous à cause de grosses plaques peu engageantes qui sont parties récemment à la rupture de pente du glacier. Il faudrait passer entre tout ça. On hésite, et puis finalement on ne prend pas le risque. En plus mes peaux sont mortes et je monte presque tout à pied ou en « escalier » ! Redescente au refuge puis vers la Bérarde.
Bivouac, petit feu, torrent, soleil du soir, bière… le grand confort après une bonne journée. Royal !
900 m positif, 1600 m négatif.
Cumul dénivelé depuis le départ : 5500 m positif, 19370 m négatif (dont descentes en skis).

24 Avril : Ecrins
Via ferrata de St Christophe-en-Oisans. Belle traversée au-dessu du torrent avec quelques passages raides surplombant le Vénéon turquoise. 200 m positif.
Bivouac en terrasse au-dessus des petites lumières de Briançon.

25 Avril : Ecrins
Pré de Mme Carle (1887 m). Montée en repérage sur la moraine du Glacier Noir jusqu’aux Balmes de François Blanc (2500 m). En face de nous les face nord du Pelvoux, Pic Sans Nom, Coup de Sabre et de l’Ailefroide. 600 m positif.
Le soir, petites longueurs d’escalade sur le rocher tiède à Ailfroide. Bivouac, feu. La vie beat, quoi !

26 Avril : Ecrins
Montée en haut du Glacier Noir (3000 m). Superbe vue. Très bonne conditions de neige si on ne redescend pas trop tard. Superbe descente en ski, la dernière de la saison. Maintenant marche et escalade pour la suite.
1100 m positif, 1100 m négatif, 4h 45 montée + descente.
Cumul dénivelé depuis le départ : 7400 m positif, 20470 m négatif (dont descentes en skis).

27 Avril : Briançon
Farniente dans la vieille ville. J’attends Pierre et Kamila, les amis de Prague, pour descendre la Durance à pied par le GR 50, jusqu’à Embrun. Ballade aux Fonts, au-dessus de Cervières sur la route de l’Izoard : très très beau vallon !

28 Avril : Briançon > Vigneaux
Pierre et Kamila ne viendont que plus tard. Je pars donc pour seul pour la liaison Briançon > Embrun.
1ère étape : Briançon > les Vigneaux, en passant sous les Tenailles de Montbrison (que j’avais grimpé ado, 17 longueurs si mes souvenirs sont bons, 6a max). 17h30 : arrêt pour le bivouac dans les champs le « clot des Alphand ».
Tête d’Aval au-dessus, Béal Traversier (Queyras) à droite dans les derniers rayons du soleil. Le temps menace, l’orage couve mais il ne viendra pas. La traversée continue.
Bon moral, mieux qu’hier où j’étais en transition et en attente. Fatigué mais pas trop, je récupère vite, la caisse commence à venir après 20 jours. Je me sens libre. Fatigué, serein, paisible. Je ne sais pas encore ce que va m’apporter cette traversée, avec le recul. Heureux de l’avoir fait sans doute, heureux d’être allée jusqu’au bout, tout simplement. Jusqu’au bout d’un désir.
Un aigle ce soir au-dessus de la tente.
7h de marche, 20 km, 900 m positif, 1000 négatif.

29 Avril : Vigneaux > Fressinières > Champcella
2ème étape : Vigneaux > Fressinières > Champcella. En redescendant je m’arrête boire une mousse à l’unique auberge de Pallon. La patronne me fait goûter son miel de pissenlit : le « miel du pauvre ». Marrant : ils ont vu Bérauhlt passer à Noël 2000, en ski dans le mauvais temps, l’ont invité à boire un truc chaud, ont papoté avec lui, et puis il est reparti vers Guillestre, pressé de retrouver ses filles qu’il n’avait pas vu depuis longtemps. Il venait de passer le col des Ecrins et le Glacier Blanc (après la Meije), par un temps pourri et une neige dingue, puis par le col de la Pousterle et le col des Lauzes où je suis passé aujourd’hui. Chouette de croiser sa trace, alors qu’il m’a pas mal inspiré… Comme me répète la femme aubergiste « l’important c’est de vivre ses rêves »… que l’on fait ensuite passer dans la réalité, concrets, transformés.
Bivouac génial ce soir, juste en balcon au-dessus de la Durance, sur une terrasse d’herbe, entre les genévriers, le calcaire et une petite colonie de marmotte. Premiers grillons… ça sent le sud !
7h30 de marche, 1100 m positif, 1100 m négatif
Cumul dénivelé depuis le départ : 9400 m positif, 22570 m négatif (dont descentes en skis).

30 Avril : Durance et Dévoluy
Pierre et Kamila arrivent enfin après moults changements. Je redescend dans la vallée de la Durance, remonte en stop chercher la voiture pleine de matos à Briançon et vais les chercher à Gap. On monte bivouaquer dans le Dévoluy, au col du Noyer (1664 m). Le grand beau continue… quelle région !
Demain matin Denis arrive. On sera nombreux donc pour les 10 dernier jours… plus il y a de fous…

1er mai : Dévoluy
Arrivée de Denis. Le temps se gâte pour plusieurs jours. On va installer notre « camp de base » à Cordéac dans une maison de famille. Ils partent se balader sous l’orage qui menace, moi je reste bosser un peu. On prévoit quand même 2, 3 jours de marche avec l’Obiou sur le parcours. Puis direction Vercors pour le Mont-Aiguille en bouquet final…

2 mai : Dévoluy
Temps pourri, il pleut ici à 900 m et aucune visibilité. Apparemment au-dessus c’est pareil. Limite pluie neige à 2000 m. La météo annonce pire pour demain, jusqu’au 4 ou 5 mai au moins. On se lève mais on décide d’attendre… La montagne reprend la main après 3 semaines de grand beau temps. Je n’avais pas oublié qu’elle restait le chef d’orchestre… je savais qu’il risquait d’y avoir des moments d’attente. Et puis 20 jours pour l’instant avec juste un jour de brouillard et une nuit de pluie, c’est déjà rare !
Je réfléchis à la suite de l’itinéraire : attendre quelques jours ou filer vers le sud chercher le soleil… Je tiens pourtant vraiment à finir par le Mont-Aiguille, qui a du sens pour moi. On verra bien.

3 mai : Dévoluy
Arrêté ! Impossible de faire quoi que ce soit ormis de petites balades. Il neige, il neige. Ça n’arrête pas depuis une trentaine d’heures après une demie-journée de pluie. On se croirait d’un coup retourné en hiver. Impression assez étrange. Je ne sais pas si je pourrais finir par le Mont-Aiguille d’ici lundi ou mardi. Même s’il s’arrête de neiger, les fissures finales resterons gavées de neige. Ça ne fondra pas si vite. Ça me ferais chier de ne pas « finir » cette traversée. Envisager autre chose ? En ski ? Une traversée ou un sommet dans le Vercors ? Ça doit s’améliorer dimanche, ce qui laisserais le temps ensuite de faire le Mont-Aiguille ou autre chose. Je déciderais donc dimanche.
Montée quand même aujourd’hui en direction de l’Obiou, mais sans espoir de le faire, depuis Pellafol jusqu’au col du Samblu.
550 m positif.

4 mai : Vercors
Montée en repérage au pied du Mont-Aiguille, par le col de l’Aupet (1653 m). Mont-Aiguille complètement impraticable, plein de neige instable dans les cheminées. On s’enfonce jusqu’aux genoux, mais très belle balade et très beaux paysages sous la neige.
500 m positif.
Cumul dénivelé depuis le départ : 10450 m positif, 23620 m négatif (dont descentes en skis).

5 mai : Dévoluy
Ça s’améliore enfin un peu et fond en partie. Je peux enfin reprendre le programme prévu.
Via Ferrata des Etroits aujourd’hui : très très belle remontée d’un canyon, se rétrécissant progressivement jusqu’à faire 2 à 3 m de large. Rocher, neige, boue, cascades… ambiance spéléocanyonoferrata, grandiose et de plus en plus « sévère ». Je fais la première partie avec Denis, la seconde avec Pierre. On se filme depuis les ponts au-dessus. On ressort trempés, dégueux, mais heureux !
2150 m de distance, 1ère partie : AD, 2ème partie : D, 4h 30.

6 mai : Dévoluy
On glandouille, on se prélasse. Soleil très timide.

7 mai : Vercors
Avec les chutes récentes de neige, je rechausse les skis contre toute attente. Montée avec les potes en raquettes à la Petite Moucherolle (2156 m). Beau panorama depuis les arêtes de falaises. Grosse neige très lourde.
900 m positif, 2h 30 montée.

8 mai : Grenoble – Vercors
Rapatriement de tous les potes vers Paris et Prague. Arrivée de Sophie. On se fait une petite balade dans les gorges du Furon (avec baignade à poil dans l’eau glacée).

9 mai : Vercors
Pluie. Petite explo dans une grotte des gorges de la Bourne. Rando vers St Julien-en-Vercors où l’on se paume un peu dans les « bartasses à sangliers » au milieu des falaises, avec passages sur câbles, dans la boue… Entre pluie et coucher de soleil, petite grimpette à la falaise de Lans-en-Vercors, pour clore en douceur cette chouette petite traversée alpine… 500 m positif, 500 m négatif.

10 mai : retour vers Paris
Paris. J’arrive. Encore dedans. Bonne impression, je sens la maison pleine de bonnes « vibrations ». Accueillante. Bien d’arriver ici, dans ce « port d’attache » plutôt qu’ailleurs.
Je sens comme un immense coup de barre me tomber sur les épaules.
Envie de me retrouver avec mon carnet, d’enlever mes pelures, vieux habits sales puants la transpiration et le feu, de défaire mes sacs. Peu à peu. Lentement.
Même si je suis un peu frustré de n’avoir pu finir par le Mont-Aiguille, cela restera comme un temps heureux.
J’y retournerais. Bientôt…

32 jours
Cumul dénivelé depuis le départ :
14 194 m positif
25 020 m négatif (dont descentes en ski)
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